"23 days - 23 landscapes - 23 reflexion texts  - 12 fictional texts

Systematic work during 23 days, realised in January and February 2013

Every day I would draw a landscape that was inspired by my state of mind and physical feelings. The result is a fictional landscape expressing the feelings of this day.

As soon as the landscape was drawn, the reflexions and the thoughts that had come to me during the drawing process were written down.

Then after a few days, some of the drawings were used to write a short fictional text inspired by the feelings that were  linked to the landscape. 

JOUR I / 20.01.2013

JOUR I / 20.01.2013

Il y avait de la lumière, le soleil a brillé toute la journée, mais le noir vient comme première impression quand je m'assieds pour travailler, le noir habité, travaillé et vivant.

Difficile de s'arrêter, difficile de se dire que ça doit être fini, un dessin par jour.

Il n'y a pas temps de faire plus, mais est-ce bien terminé?

Quand je pose les crayons ou le pinceau, il est fini.

Est-ce qu'il me suffit comme il est? Est-ce que l'équilibre est bon? Le vide et les pleins, les nuances de matières, le hasard, la fragilité, la tension.

Il y a dans ce dessin noir un rythme, un mouvement qui ressemble à une sorte de danse lente qui tourne. Des dentelles fixes et fragiles. Je ne suis pas sûre du blanc.Je le trouve un peu trop agressif et pourtant il participe au rythme. Je ne sais pas avec quoi le combler...

En fait je sais: le pinceau. C'est chargé.

Le mouvement est toujours là, mais il ne tourne plus.

Le noir ce n'est pas triste. C'est riche.

 

Finalement un paysage, ça n'existe pas.

Velours noir

Il n'y a pas de lumière. Pas de lune, pas de ciel étoilé, juste la couverture des nuages, le calme et le poids des nuages.

Les pieds dans l'eau jusqu'aux genoux, une eau tiède, avenante, avec presque pas de mouvement, elle glisse entre les jambes en suivant le flux des vagues, légèrement, imperceptiblement. Sa température est si proche de celle de la peau qu'elle est comme une prolongation de celle-ci.

Les doigts de pieds dans le sable, ils s'enfoncent avec les poids du corps et ils ancrent celui-ci dans l'eau, comme un bateau échoué.

La mer partout autour, le son de celle-ci, un frottement permanent dans les oreilles, un bruit assourdissant qui couvre tout le reste, le coeur, la respiration.

Et l'inquiétude de cette étendue d'eau devant, derrière, à gauche, à droite. La côte est tellement lointaine, il fait trop noir pour la distinguer. Mais l'inquiétude n'est pas frayeur, juste un frein à la jouissance parfaite du moment, de ces sensations douces et chaleureuses, l'eau, l'air si légèrement mouvant, tiède et paisible. L'espace immense et pourtant petit, juste comme un gant autour du corps.

Être dans un lieu de façon improbable, y être bien, à sa place alors qu'on a rien à y faire.

Être dans un instant qui pousse les yeux à se fermer, le regard à disparaître, et qui ouvre les oreilles et chaque millimètre de peau pour sentir.

​Être.

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JOUR X / 30.01.2013

"Who's afraid of red, yellow and blue?" de Barnett Newman.

Est un paysage aussi n'est-ce pas?

Un paysage de la couleur. de la couleur pure, celle qui parle d'elle même, celle qui n'a pas besoin de justifications.

Chercher la présence de la couleur, peut-être?

Besoin de sombre. Besoin d'horizontalité. Besoin de contraste. Besoin de traces. La différence avec Barnett Newman habite là, dans les traces, la présence de la main. Briser la distance entre le faire et le voir. Il n'y pas vraiment besoin de se justifier, il y a juste de la liberté.

Faut-il encore se battre contre un courant existant, alors qu'il y a tant de courants différents? En définitive tous se rejoignent ou tous s'éloignent. Cela dépend du point de vue.

Souvent je chancelle; je me questionne sur la validité de ce que je crée, sur mes actions, sur la vie de façon générale , elle a tellement de valeur et est pourtant si fragile et si aisément éteinte, moquée partout dans tous les médias, sa disparition rapportée banalement entre 2 ou 3 autres nouvelles plus neutres.

Difficile parfois de voir les fourmis humaines avancer chacune pour aller vers son propre but avec toute l'énergie de son ambition. Avancer avec elles, mais pourquoi finalement?

Pour en revenir au bleu, vert, bleu et jaune;  coup de pinceau après coup de pinceau avec un mouvement répétitif et minutieux, chercher à ne pas couvrir les autres couleurs, servir le contraste, essayer de remplir le papier de pigment mais aussi de ce qui se passe plus loin à l'intérieur du bras et du reste du corps.

Finalement ce que l'on ne dit pas, on le dit quand même, entende qui le veut.

Au dessus

Debout au bord du vide, avec le regard qui peut partir loin, loin, encore plus loin. Pas de limites.

La pénombre recouvre le fond de la vallée, le reste du monde est déjà éteint.

Alors le regarde. Il n'y a pas beaucoup de choses à voir. Des ombres, des couleurs, de l'espace, de la lumière.

Dans mon dos doucement les tons s'assombrissent et lentement comme un couvercle qui se ferme, le ciel devient bleu sombre, limpide, alors que devant moi, des barres de nuages lointains capturent les dernières couleurs de la lumière.

J'ai un peu une sensation de vertige, la sensation de voir ce qui se passe derrière les paupières lorsqu'on a les yeux fermés, alors qu'ils sont ouverts.

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JOUR XIII / 02.02.2013

Les yeux de mon fils. le ciel.

Pas beaucoup plus à dire.

Profondeur.

© 2017 by Natascha Segers.